Depuis un an à Braga

"...Peut-être aussi se demandent-ils pourquoi l'homme, incapable de créer un poil de la queue de cet écureuil, en est venu à mettre tout son savoir au service de l'extermination des êtres vivants."
"..._Sam-san, je veux vous raconter les derniers instants de ma mère. Je veux vous les raconter parce que c'est le sort que est reservé à beaucoup d'entre nous et peut-être même à l'humanité tout entière.
J'essaie de lui décrire cette scène dont je me souviens si bien: La ville d'Hiroshima en flammes. Je lui raconte cette fuite éperdue à travers les rues, ce jour-là, avec tante Matsui et maman portant sur son dos la petite Ohatsu âgée de trois ans. Nous étions presque nues, nos vêtements avaient été arrachés par le souffle de l'explosion. Des boules de feu sillonaient les airs, lançaient des jets de flammes qui embrasaient tout ce qu'elles touchaient, les arbres, les maisons et les gens qui s'enfuyaient dans tous les sens. Les rues étaient si chaudes que l'asphalte bouillonnait et beaucoup de pauvres chiens furent rôtis vivants pour n'avoir pu dégager leurs pattes collées au sol. je me rappelle les hurlements effrayants de ces pauvres bêtes et maman a dû crier, elle aussi, avant de sauter dans la rivière.
_Yuka, taisez-vous. c'est au dessus de vos forces.
Il faut que j'ai la force de parler. il faut qu'il sache tout puisqu'il est là, maintenant, avec les rescapés. une branches d'arbre s'abattit sur moi, me laissant évanouie me sauvant peut-être de la mort. Aussi, je n'ai connu la fin de maman que par le récit de ma tante. C'est ce récit que je répète alors à Sam-san.
_Tante Matsui dit que jamais elle ne pourra oublier les hurlements d'effroi, ni l'intolérable odeur de la chair brûlée. C'est elle qui ramassa Ohatsu sur la berge où l'avait jetée maman avant de sauter dans l'eau. Au milieu de la foule des désespérés, maman tourna une dernière fois son beau visage vers sa petite fille. Elle cria, une dernière fois, le nom d'Ohatsu et sombra en poussant un cri de désespoir. C'était exactement à l'endroit où vous voyez ces fleurs, les fleurs d'Ohatsu.
Je ne peux pas continuer. Je ne le peux pas. Oh! maman, ton visage noirci me regarde toujours à travers l'eau grise. Il y a une auréole autour de ta tête, de tes cheveux brûlés. Je jure, maman, sur ton visage calciné et tes cheveux en flammes, je jure de consacrer le reste de ma vie à empêcher que de telles horreurs se reproduisent. Ah! maman, tu me souris? Est-ce cela que tu attendais de ta fille: la promesse de me consacrer à cette tâche? Eh bien, c'est fait. je te le promets. Maintenant, ton visage angoissé s'est évanoui parmi les remous du fleuve et il ne reste plus là que le bouquet d'Ohatsu, les fleurs d'Hiroshima. Dors-tu en paix, maman chérie? Dors-tu vraiment en paix?"
"Les fleurs d'Hiroshima" d'EDITA MORRIS
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